dimanche 8 avril 2012

La jalousie


La jalousie



C’est un sujet qui m’a été demandé à plusieurs reprises; passionnant, courant, connu, plus ou moins compris, mais dans tous les cas extrêmement complexe. Je dissocie dès le départ de cet exposé la jalousie de la notion d’envie que je développerai ultérieurement.

Je distinguerai trois formes communes de jalousie :

- Celle, très commune, qui est la jalousie amoureuse ou sentimentale , la plus « répandue »   qui fait que l’on oublie qu’il existe d’autres formes insidieuses.

                      - Celle, plus diffuse, que je qualifierai de sociale, que nous vivons au quotidien, à la fois victime ou agresseur.

                     - Celle, plus politique, structurelle, qui va s’appuyer sur la notion de classes. J’ai pris le parti de l’intégrer dans cette approche, même si certains ne l’auraient pas associée.

Quelques généralités :

Communément, nous pouvons dire que la jalousie est essentiellement une émotion que nous pouvons qualifier de secondaire, en ce sens qu’elle n’appartient pas directement à la même catégorie que la peur, la colère, etc. Elle est presque plus élaborée ! Cette émotion peut représenter des pensées et sentiments négatifs, essentiellement d’anxiété, dus à la perte des repères personnels. Elle évoque surtout une peur qui génère dans l’instant une insécurité insupportable.

Cette combinaison d’émotions va organiser un cocktail extrêmement explosif combinant de façon souvent aléatoire la tristesse, le dégout, la peur, et essentiellement la colère qui en est l’expression première.


La jalousie peut et doit être malheureusement, globalement, associé à une forme de paranoïa, qui n’est pas aussi bégnine que l’on voudrait bien le penser. Nous pouvons dire du paranoïaque, qu’il raisonne juste mais sur des prémisses affectives fausses. Je vous mets au défi de rivaliser avec un paranoïaque, son raisonnement extrêmement structuré et précis l’emportera sur toute votre science dialectique. Pour des raisons simples il a ressassé dans les moindres détails depuis, des jours, des mois le petit détail auquel il va savoir donner du sens, excluant simplement ce que la raison va exprimer. Son raisonnement sans faille n’en est pas un. C’est dans la réalité ce que nous nommons un délire.


Digression à ce sujet.

Comment distinguer ce qui relève d’un trait de caractère paranoïde, d’une névrose paranoïaque, d’une psychose paranoïaque ? J’en reste sur le terrain de la psychanalyse qui différencie les trois, et parle d’amplitude et de profondeur historique du symptôme. En effet, comment et qui pourrait nier l’aspect génétique de la personnalité ? Il existe donc des traits innés paranoïdes qui ne vont d’ailleurs pas développer de pathologie observable, ceux-ci sont au quotidien : simplement une propension à la méfiance, plutôt que par exemple à la confiance, mais n’obère en rien la vie quotidienne.

La « névrose paranoïaque » est plus handicapante, car ces prémisses affectives fausses place le sujet dans une écoute extrême, à la vérification de ce que son affect lui impose. C’est une souffrance constante au quotidien, que le sport, entre autre, permet d’apaiser par évacuation des surcharges d’adrénaline. Le sujet est conscient mais dépendant de sa souffrance.

Quant à la psychose paranoïaque, elle est totalement imprévisible, totalement inconsciente, d’une violence inouïe sur le terrain fantasmatique. Le sujet à ce stade est dangereux pour lui même et pour les autres, relève de l’urgence psychiatrique, assujetti qu’il est, à ce toujours présupposé affectif qui le coupe de toute réalité.

Digression tout simplement pour dire que la jalousie relève aussi de ces trois stades et qu’elle peut malheureusement être gravissime. J’ai vu cela en consultation avec une forme sévère qui a nécessité hospitalisation sous Haldol.

Nous pouvons distinguer trois parties en jeu : un sujet, un objet, une angoisse. Selon McDougall (Pour laquelle un hommage a été rendu sur notre site du CSDPA), « La jalousie est une émotion complexe qui sous-entend l’existence du sentiment d’amour. Elle est suscitée de façon exemplaire par le triangle œdipien et constitue une partie du complexe d’Œdipe. ».

Nous pouvons ainsi dire que le sujet (le jaloux) convoitise le bonheur présupposé ou les possessions de l’objet (l’autre sur lequel il a projeté sa paranoïa) C’est important à ce stade de la réflexion de parler des possessions de l’objet car cela va rentrer dans mon développement quant à la jalousie que j’ai qualifiée de sociale ou de politique.


1) La jalousie amoureuse.

La jalousie existe pratiquement dans tous les couples. Il faudrait d’ailleurs définir ce qui peut autoriser la notion de couple, mais c’est un autre sujet. Nous pouvons penser qu’elle est normale lorsqu’elle est modérée, et là encore comment définir la modération ? Cela dépend de la structure psychologique des uns et des autres, du mode éducatif, des valeurs et de la morale des uns et des autres. Certains libertaires pouvant dire : « Tu n’appartiens qu’à toi même et tu fais ce que tu veux de ton corps et de tes sentiments ! » D’autres, pétris de religion notamment, vont considérer que l’objet (le conjoint) ne peut être que la propriété physique, sentimentale et parfois morale du sujet (le paranoïaque) certains allant même jusqu’à dissimuler l’objet !

Vous l’avez compris il s’agit ici d’appréciation mais où et comment poser le curseur qui fait que la confiance est en doute ?

La confiance, quel drôle de gros mot ! La confiance est à la base de toute relation. Nous pouvons considérer que le couple est établi sur la notion de confiance, à priori. Cela veut dire que, par défaut, c’est la valeur qui va animer la gestion de la relation sentimentale.
Malheureusement, la recherche ou l’analyse de soi-disant preuves peuvent créer un nouveau sentiment : la méfiance. Et c’est à partir de là que tout démarre ! C’est souvent à la base une émotion vécue intensément, qui est souvent déplaisante, et souvent interprétée. Je vous ramène au sujet sur « l’interprétation et la projection » en réalité il ne s’agit pas d’interprétation mais de projection et c’est là que le piège se forme ! La méfiance adopte de nombreuses formes : personnelle, relationnelle, sociale et politique.

Quel est le processus d’élaboration ? Au tout début un manque de confiance en soi. Une grande fragilité du Moi qui fait que le sujet manquant d’assurance a besoin d’être, de se réassurer en permanence. L’autre, l’objet fait partie de ce processus, et, sans le savoir, de manière insidieuse, fait souvent parti de ce processus de réassurance.

Le jaloux, vous l’avez compris, est une personne qui manque d’assurance et qui à travers le conjoint va rechercher en permanence les ressources qui vont l’apaiser. Nous entrons dans le mécanisme de la paranoïa, en cherchant de la réassurance nous entrons dans le mécanisme de méfiance ou tout est observable inter/projeter.

Ainsi, le dépassement d’horaire, le téléphone portable sur répondeur, le fameux cheveux blond sur la veste, l’odeur d’un parfum qui vraisemblablement n’existe que dans la tête de celui qui le dit. Tout est inter/projeté !

Quel malheur, le processus est enclenché !  Et rien ne va pouvoir l’enrayer. L’objet, en se justifiant de fautes non commises sera bien évidement hésitant et maladroit dans sa communication, ce qui ne va faire que de renforcer le doute du sujet, et ainsi de suite. À partir de ce moment, la vie devient insupportable, pour la victime et le bourreau. Car ne nous fermons pas les yeux le jaloux est un véritable bourreau tyrannique, harcelant en permanence sa victime qui ne pourra jamais justifier la pseudo interprétation que fait le jaloux.
Ce n’est pas fini ! S’organise autour de cela un scénario, un mode de communication qui va échapper aux deux. La victime et le bourreau vont s’enfermer dans une dialectique qui va échapper à toute raison.

C’est un piège dont on sort mais le parcours est complexe. Les scénarios sont en place chacun sait, connaît la position, la partition. Tout est observé, tout est observable, le conscient et l’inconscient sont activés simultanément en permanence. Si le bourreau souhaite épargner sa victime, lui faire parvenir des signes d’affection, il se met automatiquement dans des jeux perçus ou non par lui « artificiels », la victime les recevant en pleine réalité, et se demandant quelle est la réalité du message. La communication est à ce stade dans un paroxysme de non efficacité, car chacun se retrouve dans les fameux mécanismes de projections/interprétations que j’ai évoqués précédemment.

Comment en sortir ? Quand je travaille en conseil conjugal et donc avec un couple, je propose de changer de mode de communication. En effet comme vous l’avez compris le jaloux/paranoïaque raisonne juste, mais sur des prémisses affectives fausses, il est donc impératif de quitter ce mode de communication verbal ; je préconise donc de choisir celui du corps. Un geste, une caresse, l’expression par un geste de la qualité du message à faire passer.



2)  La jalousie sociale.


Commençons par la plus commune, la plus répandue, insidieuse et dévastatrice, la jalousie familiale. Elle s’exprime à tous les nivaux, tous les échelons, elle est profondément dévastatrice. C’est parfois à cause d’elle qu’ont lieu de nombreux drames familiaux. En effet combien disent « -Ma mère, mon père ou- mes parents ont toujours préféré ma sœur, -mon frère -». Combien ont entendu : « Papa, Maman, t’ont toujours considéré plus que moi. » Qui n’a pas entendu, « Ta tante a de la chance, elle a épousé un homme qui a fait carrière lui », sous entendu, pas comme ton père !

Vous imaginez combien ces situations réelles ou présupposées vont peser sur la donne familiale. Comment les uns, les autres à partir de ces éléments vont consciemment ou non organiser leur relationnel. Cela peut être malheureusement source de drames, qui parfois ont alimenté les chroniques de nos journaux télévisés.

Comment s’en sortir ?  Pratiquant depuis de nombreuses années des thérapies familiales, je dois confesser que les problèmes de communications représentent 80% des problématiques.

 C’est parfois extrêmement alambiqué, non pas de comprendre, de pointer, mais de faire admettre déjà cette photographie. Les chemins ensuite pour la résolution et un réel apaisement existent heureusement mais sont parfois complexes et douloureux .

Mais les solutions existent, il suffit que dans le cadre d’une démarche familiale, que les motivations soient suffisantes, et bien établies entre tous les membres, pour que le protocole de travail s’organise.


L’autre jalousie sociale.

Malheureusement, elle aussi est confuse, diffuse, plus complexe que la précédente. Elle relève de la cours d’école, que nous fréquentons en tant que parent, du boulanger, des commerçants de notre quartier, et puis aussi surtout, pour ceux qui ont la chance d’avoir un emploi, dans nos rapports professionnels.

Avant de ventiler, quelques précisions.

Cette jalousie à priori ne s’apparente pas à la jalousie sentimentale, quoique !

Elle est plus organisée sur le rapport objectal. À savoir ce que moi « sujet » est pour l’autre qui me considère comme un « objet » dans ce cadre « malheureusement » de convoitise.

Dans ce contexte, la convoitise relève de deux natures différentes, l’une d’identité, l’autre des biens qui sont en ma possession.

Cela ce manifeste par quoi ?

 La cour de récré (certains vont croire que j’en fais une fixation … Simplement pour rappeler que c’est un lieu de construction tant pour les enfants que les parents), c’est là où toute la société du quartier, en capacité d’enfanter se retrouve. Choix de l’école publique ou privée sont déjà des déterminants qui classent. Pour ceux qui ont eu la chance de fréquenter ces lieux, nous nous rappelons par exemple des commentaires faits, ou que nous même prodiguons sur ces chères petites têtes. Combien d’entre nous n’ont pas entendu : « Ma fille n’a pas besoin de travailler ça rentre tout seul », « T’as vu il est mal habillé », « Ce n’est pas le dernier de la classe ? ». À cette institutrice qui vous scanne des pieds à la tête, observant que vous sortez d’un brushing coiffeur, que vous avez un nouveau tailleur que votre fils a encore de nouveaux vêtements. Pensez-vous qu’il s’agisse de jalousie … pourquoi en regardant des notes qui ne sont méritées, vous ne comprenez vous pas que cette institutrice est jalouse de vous, ce que vous êtes de êtes, et que votre enfant aura beau faire cela sera comme elle le veut ? (L’institutrice)

Cette jalousie sociale est dévastatrice, elle peut passer par des compliments même pas excessifs qui vont masquer la haine de ne pas être, de ne pas avoir. Elle peut amener à des scenarios d’alliance, de conspiration que nous sujet, à priori ne repérons pas. Rappelons le, la jalousie est une pathologie, et nous ne sommes pas forcément entrainé à en percevoir les rouages, naïfs que nous sommes, de la confiance que nous mettons en l’autre et que nous pensons réciproque !

Sur le plan de la cours d’école, il faut avoir beaucoup de vigilance (sans paranoïa) pour savoir évaluer l’environnement, les alliances réellement objectives ou de circonstance. Cela veut dire développer un sens de l’adaptation suffisant pour accompagner nos enfants, afin que si cela se présentait (une anormalité comportementale qui semble relever de la jalousie), n’en soit pas les victimes.

Sur le plan professionnel, la même attitude de vigilance prévaut. Des collègues, qu’ils soient collaborateurs, supérieurs hiérarchiques, peuvent projeter sur vous de nombreuses illusions. Je pense à cette femme seule, qui a su élever « dignement » ses enfants, progresser à titre personnel, imposer un respect naturel dans sa manière d’être, sa façon de vivre. Eh bien je sais que celle là si en plus son esthétisme est présent, elle va déranger. Si le travail personnel a été suffisant cela ne lui posera aucune gêne, sinon attention ! 

Sur un plan social plus large, le fait d’être simplement un couple, une famille unie peut déranger. Je ne parle même pas des biens matériels qui peuvent dénoter dans la communauté à laquelle sans le savoir j’appartiens, mais cela est le dernier chapitre que je vais développer. L’extension de ma maison par une véranda, le fait que j’aille régulièrement au salon de beauté, ou au club de sport, mon nouveau costume de belle facture, etc. Autant d’objets de convoitise par rapport auxquels, il faut que je sois vigilant !


La jalousie politique


Je sais que c’est une approche qui n’est pas commune, et qui pourra vraisemblablement surprendre certains, mais c’est le développement naturel du chapitre précédent.

Nous y avons vu qu’en fonction, de notre rang, la société nous organise par caste. Il y a des milieux sociologiques auxquels nous appartenons de gré ou de force, pour ne prendre que cette simple réflexion : « Ce sont des parvenus », je pense que tout le monde sait l’avoir entendu, et ce quelque soit notre milieu d’origine.

L’excellent film, « Les enfants du marais » en est l’illustration. Cricri n’aurait jamais pu rencontrer « son futur mari ». Jean Becker nous montre bien combien et comment les classes cohabitent et ne se mélangent pas. Même Jo (incarné à la perfection par Éric Cantonna) n’arrive à assumer sa future position sociale.

Ce film illustre bien la notion de classes sociales. Combien sommes-nous fiers, ou non, d’appartenir à une catégorie sociale. « Mon Père est docker », « il est notaire », « il est commerçant », « ma Mère est médecin ! »

Nous sommes donc construits et structurés dans par et avec cela. Cet objet social dans lequel nous évoluons nous échappe, nous lui appartenons sans le savoir, quoique ! Certains le maitrisent et le cultivent, et le font savoir. Je ne suis pas golfeur, mais combien m’expliquent que cela montre leur réussite sociale et combien me disent : « Le golf, c’est devenu maintenant comme le tennis, il y a de plus de parvenus ! »

Comment se manifeste cette jalousie sociale ?

« Jean, ne sort pas avec Etienne, c’est le fils du notaire 
-Mais Maman, c’est mon ami en classe !
-0ui mais ne vas pas chez lui, ne l’invite jamais à la maison, nous ne sommes pas du même monde. »
Je n’avais jamais imaginé que nos appartenances nous empêcheraient de partager des moments simples. Aussi, comment imaginer qu’Etienne est jaloux de moi ? Du fait que mes parents m’autorisent à faire du vélo avec mes copains du quartier, que je peux aller dormir chez mes amis, que nous partions en vacances sous la toile en famille et en camping !  Je l’ai su bien plus tard lorsqu’au cours de nos études supérieures dans un tonus nous avons pu échanger de cela.

Alain fils d’ouvrier, son père est chef d’équipe, toute la famille est fière de ce parcours, mais revendique son appartenance à la classe ouvrière.  Émile Zola a su mettre en exergue cette noblesse de la classe ouvrière.

Doit on être jaloux des classes sociales « supérieures » ?

J’ai toujours considéré notre vie humaine assujettie au principe de l’entropie, ce qui revient à dire que nos enfants sont, par cette force vitale, amenés à nous dépasser. Cela s’appelle la transmission. Nous sommes ici, dans nos vies, comme toutes les espèces y compris végétales pour transmettre à nos descendants tous ce que nous avons appris, et ainsi faire que nos enfants puissent nous dépasser.

Ainsi la république permet à des enfants d’ouvriers d’accéder à de hautes fonctions et permet aussi aux fils et filles de classes « hautement supérieures » de choisir un destin qui n’est pas forcément celui qui était écrit.

Est-ce que l’enfant d’ouvrier qui devient ingénieur obéissait à la jalousie sociale de ses parents ? À vous de dire.


Pourquoi ai-je dissocié dés le début de mon exposé la jalousie de l’envie ?


La réponse s’articule autour de deux axes :

Jalousie et jaloux est ce la même chose ?

Envie et envieux est la même chose ?

Est-ce que le nom et son qualificatif représentent la même signification ?

Bien sur que non ! Et puis la notion de pulsion de vie et mort surtout. Quand un dépressif dit : « J’ai envie », nous savons qu’il est « sauvé ». Cela veut dire que l’envieux est dans la pulsion de mort, alors que l’envie relève de la pulsion de vie. Cela montre aussi les limites de nos modèles théoriques.

« Il y a deux choses auxquelles il faut se faire sous peine de trouver la vie insupportable : ce sont les injures du temps et les injustices des hommes. »
Chamfort

mercredi 7 mars 2012

Faut-il mentir ?


Quel drôle de sujet !


Est-ce l’approche des prochaines élections présidentielles à force d’écouter tant et tant de promesses ?

Est-ce le fait de relire en ce moment Clélie, histoire  romaine, de Madeleine de Scudéry? C’est un exemple de ce que la littérature nomme un roman précieux ; genre dans lequel domine le sentiment qui sera analysé notamment à travers son discours. C’est ainsi que le mensonge apparaît comme un sujet récurent et sociétal.

Globalement, de cela que retenir ? Que les salons littéraires  parlent en permanence du mensonge. Dans une société fausse, l’idée que le mensonge est indispensable pourrait en être la synthèse .

Et puis cela nous renvoie à nos chers cours de philosophie.

Déjà les Grecs, Aristote le premier, développait à son sujet de nombreuses théories auprès de ses élèves.

J’ai la grande chance de ne pas plancher sur ces fameux sujets du baccalauréat, et d’être autonome sur ce blog, aussi, je vais m’autoriser, les chemins de traverse.

J’ai disserté sur le mensonge dans un article précédent : « La vie un théâtre » pratiquement sur les vertus de la sincérité, accusant le menteur de félonie. Alors comment oser s’aventurer sur le chemin de « parfois le mensonge est indispensable ?

Revenons à Madeleine de Scudéry, qui, dans ses salons animait les discussions autour de faits sociétaux et qui pour résumer considérait que la société était par définition fausse. Nous pouvons préciser que faite de consensus, d’arrangements, la vérité au sens de la pureté de l’intention, ne pouvait pas être. Dans ce cadre comment être sans avoir recours au mensonge ?

A ce stade de développement, je ne veux pas qu’il y ait de méprise , je ne prône surtout pas l’obligation ni  la nécessité de recourir au mensonge, mais insiste, bien que parfois ce soit l’adaptation obligatoire pour maintenir en homéostasie le système social dans lequel je suis.

Certains utilisent des adages tels que « faut me prendre comme je suis ? », « je ne fais jamais de concession », « c’est à prendre ou à laisser », oui, oui , nous savons où cela mène!

Voyons quelques situations dans lesquelles nous sommes confrontés à l’impossibilité d’éviter le mensonge :

Martine, l’épouse de votre employeur a mis les petits plats dans les grands pour bien vous recevoir, et comme tout le monde le sait, sa réputation de piètre cuisinière est pleinement justifiée. Aussi quand elle vous dit « Mon petit Marcel, vous reprendrez bien de la panse de brebis farcie ? » Comment ne pas dire « Volontiers, elle est d’ailleurs excellente ! » Vous auriez à minima pu dire : « Elle est excellente mais je n’en peux plus ! » Alors le mensonge permettrait ici de ne pas vexer, de ne pas blesser. Dire votre plat est immangeable paraît compromettant pour le reste votre carrière.

Toujours pour en rester sur de l’alimentaire, Patrick, à chaque fois qu’il est invité chez ses amis s’efforce de trouver pour le dessert le plus bel ananas afin de leur faire plaisir, et chacun se régale dans ce moment tant attendu. En fait personne n’aime l’ananas !

Joëlle, la sœur de votre meilleur ami, est atteinte d’une sale maladie. Vous la voyez blafarde, les yeux cernés, vous remarquez qu’il leur manque la petite flamme qui restait encore  et pourquoi lui dites vous « Joëlle je te trouve en forme , tu récupères bien dis donc ! »

Le Papa d’Antoine qui est en passe de quitter le domicile familial lui dit « Tu sais mon bonhomme ça ne va rien changer, cela sera même mieux qu’auparavant : non seulement nous nous verrons , mais cela sera bien. » Et Antoine y croit.

« Chéri, elle est bien ma nouvelle coiffure ? », « Tu ne trouves pas que c’est mieux avec ma moustache ? » « Tu as vu combien ma mère était gentille avec toi ? »

El le boucher : « Alors mon rôti comment il était ? » « De la vrai soie ! » ; alors que c’était une savate, mais  ce commerçant me sert rapidement quand il y a foule dans son commerce.

S’il n’y avait pas de mensonge où en serions nous ?

Pouvons-nous vivre simplement dans le cadre d’une vérité pure ?

J’ai pris ici quelques exemples faciles et « grossiers » qui nous sont à tous plus ou moins communs. Rappelons-nous de notre dernier mensonge. C’est vraisemblablement il y a quelques heures : à votre voisin sur le palier que vous ne supportez pas, à votre conjoint qui vous « harcèle » de questions, à votre professeur qui dit « C’est toi Jean qui à écrit cela ? » (Sachant tous les deux que c’est votre Maman). À l’agent verbalisateur : « Mais je vous assure le feu était à peine orange ! » À l’inspecteur des impôts auquel vous dites « Je l’ai dissimule  à mon insu » . Le Papa qui à la question de sa petite fille dit « Mais oui Chérie ton dessin est magnifique, alors qu’il n’en pense pas une once ! »

Alors cela voudrait dire que le mensonge est un rouage composant  indispensable à la vie sociale ! Que  la vérité n’est pas bonne à dire ?

Eh bien non la vérité n’est pas toujours bonne à entendre, pas forcément à dire. C’est parfois facile à se débarrasser, à dire comme cela à la débotté, « une vérité ».

Dans les réunions familiales combien, souvent sous prétextes de déjeuners bien arrosés disent à père, mère, oncle, etc. ce qu’ils ont sur le cœur depuis des années au risque de provoquer une rupture d’anévrisme.

Je suis contre l’adage que toute vérité est bonne à dire. Surtout en tant que praticien où sur le divan j’ai été amené à entendre à découvrir avant l’analysant une information, parfois gravissime dont il, elle , n’avait pas conscience.

Quant à ne pas dire ! Le fameux mensonge par « omission » par lâcheté, par insuffisance, par faiblesse !

Je me souviens de ce jour où un homme qui venait pour un syndrome dépressif me livre sur le divan que sa sœur était en réalité sa mère! Le matériau était là avec ses réalités historiques, de lieu et de date. J’ai tenté un retour sur le champ, sans accroche, puis plus tard en laissant un espace temps que je pensais suffisant. Et bien non, ce qu’il venait de me livrer, il ne pouvait l’entendre. Cela veut dire qu’au niveau psychanalytique, l’inconscient s’était libéré de cette charge à l’autre que je suis, mais que le conscient n’était pas en capacité d’entendre.

Et puis moi qui prône l’éthique, la transparence, alors que j’insiste auprès des  analystes en formation de ne pas utiliser l’injonction, suggestion, ou le conseil, car notre rôle est d’amener l’analysant à une autonomie dans ses choix. Il est arrivé à une analysante, appelons la Madame Lambert, qui venait de déposer sur le divan qu’elle trompait régulièrement son mari, aller dès la séance finie l’informer de cela. Comme tout Psy lambda, totalement à l’écoute de ce que nous livre nos analysants, j’avais entendu que le mari ne pouvait recevoir l’information. D’une confiance aveugle, absolue, dans ce qu’il projetait dans son couple, dans l’idéal de ce qu’il projetait sur son épouse... ; Eh bien cette vérité ne pouvait être supportable. L’analyse terminée, Madame Lambert, je l’ai revue car sa fille avait quelques difficultés scolaires. Je l’ai donc accompagnée, et elle me dit « Heureusement que vous m’avez freinée, j’ai testé après notre séance la réaction de mon mari, en parlant d’une amie qui avait trompé son mari qui avait lui aussi toute confiance en elle, il m’a dit tu « sais pour moi cela ne saurait exister », il n’y a que la mort qui apaise. »

Il n’y a pas besoin d’être Psy pour savoir sentir ce qui relève de la parole.

Je pense que toute vérité est bonne à dire … Quoi que ! Parfois, il faut trouver le moment, le ton, le style, l’ambiance pour trouver avec la pédagogie indispensable l’angle d’expression. La majorité n’aime pas entendre une vérité   parfois blessante. Les mensonges sous cette approche sont souvent salutaires.

Je ne traite pas ici des mensonges malveillants qui relèvent de la veulerie, et qui participent à ce qui appartient au délictuel et qui sera traité par la justice. Les supercheries, les arnaques, les plans sur la comète pour ruser, abuser de notre crédulité.

Alors y a-t-il une hiérarchie des mensonges ?

Bien sur que oui !

Le mensonge de confort.

Le mensonge délictuel.

        Celui qui protège l’autre dans sa faiblesse, ceux qu’on aime et qui ne peuvent entendre. L’autre veule, méchant qui a pour intention de nuire et doit être condamné.

Et puis il y a le mensonge obligatoire. Le mensonge citoyen, civique, celui qui à l’approche de la torture, de l’obscurantisme d’un juge pervers, va préserver un innocent d’un interrogatoire, d’un emprisonnement. Mentir, c’est donc dans cette certaines situations protéger l’autre, le respecter. Le mensonge, pour être efficace doit être porté par toute l’intelligence que nous allons déployer, afin de rentrer dans le Moi intime de l’autre pour le préserver tout en le respectant.

Le psychotique, le pervers, l’hystérique, le schizophrène, pour des raisons qui peuvent même être opposées, sont dans une utilisation d’un mensonge fallacieux qui lui rentre dans le registre des perversions.


Alors vous me direz : La vérité sort de la bouche des enfants ! Et bien oui, mais les pauvres ils le payent cher ; « Maman t’es grosse dans ta robe » , « Papa a bu un verre de vin dans la cave », etc. Les enfants apprennent donc la vie dans l’adaptation. S’adapter c’est savoir la différence de l’autre qui peut être dissemblable, parler autrement, penser, voter autrement . M’adapter c’est donc complétement composer en permanence. Le mensonge «  le petit » dont je parle peut en faire partie. 

Mon ami Pascal me dit que son chien qui a fait des bêtises se cache quand il rentre à la maison et qu’il constate qu’une sottise a été commise. Pour ma part mes chats qui s’autorisent quelques légèretés n’échappent pas à cette règle. Violette, charmante petite Siamoise, sait bien, lorsque je l’interroge sur le vase cassé, détourner élégamment son regard, pour ensuite aller vaquer.

« La vraie Morale se moque de la morale.» Pascal



dimanche 26 février 2012

Brèves de divan 3 : Vraiment, ce type agace!


Je suis attablé dans ma cantine favorite avec mon ami Laurent, en train de préparer notre réunion du lendemain. Tout est bien posé pour que ce moment de travail, détente et réflexion se déroule paisiblement.

Tout est bien posé, et pourtant…

Je montrais à Laurent un schéma quand je le surpris les yeux ailleurs. Au même moment, il retourne sa tête et d’un mouvement m’invite à observer ce qui détournait son attention à la table à coté : un « type » avec deux personnes qui, à cette heure, cet endroit, semblent être des collègues.

A priori, rien d’anormal si ce n’est ce bruit qui m’agaçait, mais que j’essayais d’évacuer : un espèce de tam-tam alimenté par le gigotement frénétique de sa jambe gauche.

Il a l’air normal, socialement correct au vu des critères habituels. Laurent me dit : « T’as vu, c’est bizarre ce tremblement… Tu crois qu’il fait exprès ? » Ma réponse immédiate fût : « Oui bien sûr ! ».

Mais en y regardant de plus près, il s’agit d’une attitude et d’un fonctionnement plus complexes.

À la première lecture il semblerait qu’il exprime ainsi son agacement, vraisemblablement à ses partenaires de table. La question de Laurent  a du sens, je n’ai d’ailleurs jamais douté de ses réflexions. Par rapport à ce « type » (je le dénomme ainsi c’est plus pratique), qu’est-ce qui est conscient, ou non?

Ce type de comportement m’a souvent interrogé et je remercie Laurent de m’avoir interpellé sur ce sujet. Pour moi, cela résonne avec tic (tics transitoires), toc (troubles obsessionnels du comportement), dystonie, hystérie et bêtise.

Je vais repréciser ce qui relève de la dystonie.

C’est un ensemble de maladies caractérisées par des contractions musculaires excessives et involontaires, pouvant entrainer des mouvements involontaires. La dystonie relève de la neurologie. Identifier  la cause de la dystonie pour la plupart des cas est complexe. Maintenant, il est avéré que certains peuvent en connaître l'origine, une psychanalyse est alors complètement adaptée.

Je suis très prudent à ce sujet quand il s’agit de troubles neurologiques. La psychanalyse peut accompagner, mais je pense qu’au delà du traitement médical qui doit à tout prix être maintenu, il faut escorter pour soulager les symptômes.

Actuellement, les données scientifiques suggèrent que les mouvements dystoniques anormaux sont la conséquence d'un dysfonctionnement du cerveau. Aussi, la portabilité de la psychanalyse doit être pour le thérapeute comprise comme étant très limitée. Ainsi, il faut expliquer à l’analysant que notre réussite quant à la guérison serait un leurre, que pour ma part je m’interdis à pratiquer.

Tics, tocs, syndrome de Gilles de la Tourette

Les tics sont des mouvements brefs ou des sons. Ce qui les caractérise par rapport aux autres mouvements, c’est qu’ils sont inconstamment présents, se surévaluant aux activités motrices, fonctionnelles, psychiques habituelles.

Les tocs se différencient des tics par leur rémanence, leur présence constante. Alors que les tics sont souvent déclenchés par un environnement bien évidemment anxiogène, les tocs sont malheureusement « autonomes ». Il n’y a pas besoin que mon éxotype m’agresse pour qu’ils se déclenchent.

Alors dans le cas de ce type de quoi s’agit-il ?

J’ai pour ma part une lecture plus simple dans laquelle les tics, tocs, le syndrome de Gilles de la Tourette et la dystonie n’ont pas leur place.

Ces mouvements seraient simplement l’expression d’une incapacité à dire, à communiquer. Cela se transporterait donc sur et par le corps. Cela ne vous parle pas, il s’agit bien de l’hystérie!

Et oui, notre quidam, à la table à coté, pense jouer, en montrant son agacement, sa place, son rôle.

Mais il ne le fait pas, il en est incapable. Alors il gigote, il gigote, encore et encore! Certains gigoteurs considèrent cela comme une marque de fabrique, pensant que dès qu’ils agitent ce genou ou cette main l’autre incrédule va savoir combien il est en désaccord. Et si en plus il est un chef hiérarchique! Vous imaginez la non-communication et surtout les dégâts!
  
Alors que pouvons-nous dire? J’en ai croisé à plusieurs reprises des TQA (type qui agace). La question est de savoir jusqu’où il s’agit d’un choix, à partir de quoi et comment ces personnes mesurent et maitrisent ce gigotement. Vous l’avez compris, pour moi, ici, il ne s’agit pas de dystonie mais bien d’un syndrome commun.

Cela revient à dire tout simplement que ce TQA est bien conscient de ce comportement, et même si vous l’interrogez pour lui demander ce que cela signifie, il peut aller soit: à l’ignorer et le feindre soit à le justifier, émettant par des mots simples : « Ce n’est qu’un énervement ! »

C’est effectivement une porte de lecture, l’énervement, l’agacement. Cet état justifierait et expliquerait cette violence à notre égard ? Et bien oui, et malheureusement nous sommes bien dans ce contexte, face à de l’hystérisation. Pour ces TQA, le langage est insuffisant pour exprimer par le fond ou la forme. Le mécontentement, le mal-être présent à ce moment. C’est donc une bouffée « abréactive » corporelle qui s’en empare, déchargeant ainsi le sujet de la tension qu’il ressent.



Ne nous y trompons pas: il s’agit ici et n’en déplaise à notre TQA, d’un cas manifeste d’hystérie, au sens que la psychanalyse a toujours défini et continue à le faire, à la différence du DSM IV (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux "bible de la psychiatrie"). A savoir qu’il s’agit d’une classe de névroses où les conflits psychiques viennent se symboliser dans les symptômes corporels. Et nous sommes même dans ce cas, confrontés à une hystérie de conversion telle que Freud a pu la décrire, dans l’analyse du petit Hans, à savoir la conversion seule sur un symptôme corporel, physique qui peut être détaché de toute forme d’angoisse et de phobie.

En l’occurrence pour ce TQA, incapable de résoudre par la parole une situation vécue, le corps par cette attitude involontaire/volontaire l’exprime. Pourquoi volontaire ? Nous ne sommes jamais aussi bien que dans nos névroses. Par exemple, le timide peut justifier celle-ci par une grande humanité qui lui fait dire: "Je ne mets jamais en avant, je préfère valoriser mes collaborateurs." Mais non mon garçon tu es timide !

Vous voyez ; mais cela j’en traiterai plus loin que l’on peut, conscient de sa névrose aller jusqu’à la justifier comme un choix.

Conscient donc pour revenir à notre TQA, car celui, lucide  par moment de cet étrange comportement qu’il organise, et, peut-être ou même vraisemblablement fier des résultats sur l’autre, met  en place ce gigotement frénétique, de façon consciente , assuré qu’il est de l’effet escompté !

Dans tous les cas, notre TQA est l’objet d’une perte de contrôle de soi, d’une non-maitrise de la personnalité!

Alors quoi faire? Simplement prendre conscience que ce phénomène existe et que parfois nous pouvons valoriser est nuisible. Si c’est le comportement d’un proche lui remarquer, lui expliquer que ce comportement est ridicule pour tout œil aguerri et que cet agacement, énervement peut trouver une résolution en faisant du sport, par de la décontraction ou en allant fréquenter un bon psychanalyste!


« On devient moral dès qu’on est malheureux ! » Marcel Proust, À la recherche du temps perdu