jeudi 14 mai 2015

                      Les topiques dans la Psychanalyse .par Philippe Guilloton .








      Il m’a semblé intéressant et important de publier sur ce blog, un article de mon ami et confrère Philippe Guilloton ,membre et formateur au sein du CSDPA, praticien à Paris.

    Cet article est extrait dune formation interne  destinée à nos membres,Psychanalystes praticiens de la Psychanalyse Active , dont il avait la charge.

    Il faut bien sûr lire cette contribution comme étant celle  d’un apport lors d’une formation et non une publication à destination  externe.




                             Tout le monde parle de la Psychanalyse !


Chaque jour et pour chacun la Psychanalyse est présente.

Nous le voyons particulièrement à travers le vocabulaire que nous utilisons.

Qui n’utilise pas le mot « inconscient » ? Il est inconscient celui-là ! Mon inconscient me joue des tours !

Qui n’a jamais lu dans un article ou dans un roman le mot « surmoi » ?

N’entend-on pas dire à propos de quelqu’un : « il est psycho celui-là ». Même à l’armée on utilise ce mot quand un soldat n’arrive pas à marcher au pas : « vous êtes psycho ou quoi »

Qui n’a pas entendu : « il devrait aller voir un psy » à l’attention d’une personne un peu dépressive ou qui vient de vivre un moment douloureux (décès, divorce …)

La psychanalyse semble entrée dans le sens commun. On s’y réfère ou plutôt on utilise  régulièrement ses mots pour décrire un cas ou une action bizarre.

Tiens, l’acte manqué n’est-il pas souvent pointé quand un rendez-vous est oublié ? Quand un verre échappe des mains et se brise ?

Le lapsus fait souvent rire dans une assemblée. Dans certain cas il fâche. Ça montre bien que le lapsus est empreint de vérité.

Oui la psychanalyse est bien là et nous l’utilisons régulièrement et certainement parfois à tort et à travers.


                                     Pourquoi une topique ?



Mais d’où vient ce vocabulaire ?
On le retrouve dans les topiques psychanalytiques.


Topique  vient du grec ancien topo qui signifie lieu. Ce mot est actuellement principalement utilisé en pharmacologie pour désigner un médicament qui cible son effet sur un endroit précis du corps.

Les topiques en psychanalyse ont été imaginées pour définir le lieu où se trouvent le souvenir et son énergie associée.


                                    Quelles sont ces topiques ?

- La première topique de la psychanalyse c’est « Inconscient – préconscient / conscient ». C’est bien évidemment la topique fondamentale sans laquelle nous ne serions pas ensemble. Si tout était conscience, seule la réflexion serait nécessaire. Et nous avons tous constaté et pas seulement dans nos cabinet que l’explication rationnelle ne suffit pas à la compréhension et encore moins à la disparition d’un symptôme. Notre inconscient possède une telle force que même les êtres humains les plus intelligents n’y échappent pas. Personne ne peut affirmer à 100% qu’il a pris une décision en pleine conscience. Celui qui veut tuer son chien dit qu’il a la rage.


- La deuxième topique de la psychanalyse c’est :


                              Le ÇA, le MOI (ou JE) et le SURMOI

La première topique ne définit pas suffisamment le lieu. Autrement dit, elle ne comporte pas de notion originelle. Avec cette topique nous l’avons.

Nous voyons déjà que se dessine une matrice en deux dimensions où le ÇA est immergé dans l’inconscient, le MOI oscille entre inconscient/préconscient/conscient mais également dans l’inconscient et où le SURMOI peine à être conscient.

Ces deux topiques semblent être suffisantes en soi mais il manque une notion temporelle : elle y est un peu présente dans la 2ème topique dans le sens où un bébé n’a pas de MOI ni de SURMOI et qu’il le construit au fur et à mesure de son éducation.
Néanmoins, il est nécessaire d’apporter une troisième dimension à ces deux topiques.


Sandor FERENCZI nous la fournit sous la forme de matrice de croissance :

Assimilation – Reproduction – Adaptation – Sélection.

L’être humain se développe en suivant cette séquence correspondant à des âges particuliers.

Nous pouvons rapprocher ces matrices de croissance aux stades définis par Freud :
Oral – Anal – Phallique – Génital.

Nous ajoutons le stade Génital (Freud ne l’a pas mis) qui, contrairement aux 3 précédents n’est pas pathologique puisqu’il les a passés. Il est pourtant l’aboutissement de la construction psychique d’un être humain.

A noter que ces matrices de croissance se déclinent également pour tous les modes d’apprentissage. Avant de maîtriser parfaitement une pratique il me faut assimiler puis reproduire ce qu’on m’a expliqué, adapter cette pratique à mon environnement interne et externe pour pouvoir sélectionner en toute connaissance de cause. Personne n’échappe quel que soit son métier son activité etc…


                                           La matrice de lecture:

Nous avons donc dorénavant une matrice en trois dimensions qui nous autorise une lecture du psychisme et de sa construction.

Ces trois topiques forment un être humain qui a grandi dans les matrices, qui a des pulsions, des interdits et qui prend des décisions en toute conscience ou inconscience.
Si j’ai voulu aborder le thème des topiques c’est pour rappeler que nous sommes des topiques. Chacun de nous est une topique originale avec un ÇA un MOI et un SURMOI bien à lui, un Inconscient et un Conscient unique et s’est développer d’une façon non reproductible. Chaque être humain est unique mais est structuré dans ces topiques.

                                      Le mouvement intra-topique .


Mais jusqu’à présent nous avons parlé plus de statique que de mouvement.

En effet, nous avons décrit des lieux avec du temps qui se superposent.

Cet aspect dynamique intervient cependant dans la vie de tous les jours :

Nous savons que le MOI est coincé entre le ÇA et le SURMOI. Je passe devant une vitrine d’un pâtissier et j’ai envie de ce croissant aux amandes mais je risque d’arriver en retard à mon rendez-vous : le MOI va choisir. Bien évidemment nous ne sommes pas dans la pathologie, en tous cas en apparence.

Je dis « ma mère » au lieu de dire « ma femme ». Ce lapsus classique donne une indication quant à mon état d’esprit du moment : mon inconscient m’a donné un indice.
Dans les matrices de croissance, un nœud (une fixation) à un stade va bien évidemment compliquer l’évolution d’un enfant dans la matrice suivante. Un risque de régression pourra intervenir à l’occasion d’un choc émotionnel. Une force attirera le psychisme vers ce nœud.

Nous voyons donc qu’à l’intérieur d’une topique il y a du mouvement. Des forces qui s’opposent et que la stabilité n’est pas de mise.

Que faisons-nous de ces topiques ?

Une des valeurs ajoutées d’un psychanalyste c’est reconnaître que du ÇA au stade Oral ce n’est pas la même chose que du ÇA au stade Anal ; savoir identifier un type de névrose .

Le psychanalyste peut donc à l’aide de ces 3 topiques comprendre l’appareil psychique. Mais tout ça on peut l’apprendre à l’université et tout le monde, qui a pris le temps de lire et d’étudier, peut s’autoriser à parler du ÇA du MOI du SURMOI de l’inconscient, de tenter d’analyser un lapsus, un acte manqué.

                            Ce n’est que du savoir. Il manque le savoir-faire.





                                   La séquence de la Psychanalyse Active


La psychanalyse n’est pas une science mais une pratique. Bien évidemment cette pratique n’a pu être mise en œuvre parce que Freud, Ferenczi et bien d’autres ont mené des recherches ayant abouti, entre autres, à ces trois topiques.

Qu’est-ce qui donne une dimension curative à la connaissance de ces 3 topiques ? Rien…sauf 2 choses :

1-    La rencontre d’un analysant et d’un psychanalyste ayant chacun une construction topique originale, l’un sachant parfaitement naviguer à l’intérieur des topiques et l’autre cherchant à mieux vivre et connaissant son histoire.

2-    La mise en œuvre d’une séquence connue écrite par Freud et améliorée par Ferenczi: associations libres sur le divan pour émergence des prises de conscience et de l’abréaction.

La Psychanalyse Active a amélioré cette séquence  par l’enregistrement des associations libres et l’utilisation des technologies modernes.


                        Associations libres enregistrées sur le divan.

                  Emergence des prises de conscience et de l’abréaction.




                                 La dynamique dans les topiques


« L’avenir de la technique psychanalytique passera par l’activité du Psychanalyste » a écrit Freud dans la technique psychanalytique.

La création d’une dynamique entre les trois topiques, sclérosées ou sclérosantes pour un névrosé, va être activée par le psychanalyste, le but étant de dénouer ou de lever la fixation.
Et c’est là qu’intervient le savoir-faire.



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vendredi 17 avril 2015

Le divan

                                    


                          


                                        Le Divan.




                    -A quoi sert il ?

                   - Est ce bien utile de l’utiliser ?

                   - Il fascine, il dérange, il fait peur !




Si quelqu’un vous dit faire, ou avoir suivi une Psychanalyse sans être allé sur le divan soyez en assuré, il ne s’agit pas de Psychanalyse.

En effet dans sa définition, conception, la Psychanalyse, Art Intimiste ne peut s ‘effectuer que sur le divan. Si l’on vous parle de Psychanalyse, sans cette compagnie, il ne pourra s’agir au mieux que de Psychothérapie Analytique .

Pourquoi au sein de la cure analytique utilise t’on un divan ? Cette question est bien évidemment pleine de sens et fondée.

-Que ce soit par les futurs analysants à qui l’on explique la méthodologie de la cure analytique.

-Que ce soit par les Psychothérapeutes qui pensent que celui ci n’a plus de rôle, et que seule une approche cognitive, ou une approche systémique notamment via un panel de groupe apportent des résultats.

-Que ce soit par les « Psychanalystes » de tous bords qui omettent, ne savent ou écartent de leur pratique le divan.

-Que ce soit par  les « profanes » de toute approche Psy que cela fait se gausser.

                          Le divan fait parler et dérange.


Pour procéder à la suite de la réflexion, il est indispensable d’un rapide rappel historique.

La Psychanalyse est née des travaux de Breuer (1881, la cas Anna O) et Charcot, auxquels vient se greffer Freud. Ces travaux « s ‘opposaient » à l’approche aliéniste de la psychiatrie qui commençait à se définir dans ces concepts et méthodologies curatives, que ce soient les traitements chimiques que les électrochocs. A cette époque la psychiatrie accordait très peu d’intérêt à l’anamnèse cet entretien historique socio phénoménologique.

Et a d’ailleurs conduit une large pratique de la psychiatrie contemporaine à s’orienter plus vers un déterminisme génétique que sur une corrélation environnementale, à savoir l’adéquation d’un écotype personnel avec les qualités intrinsèques des environnements éducatifs.


             La Psychanalyse est née de et par l’hypnose :


Ce matériau cathartique a permis deux révolutions : la découverte de ce que l’on a appelé l’inconscient, et la portée thérapeutique de l’acte hypnotique. Mais celui ci s’est révélé très efficace pour une gestion simple du quotidien, tel que passer un examen, se préparer à une intervention chirurgicale, voire l’accompagner, mais totalement improductive sur les terrains psychiques « installés » tels que les névroses.

En effet, il est impossible, quelque soit la pertinence de l’acte hypnotique de dire « je vais bien tout va bien. » Si le symptôme s’est installé, l’hypnose peut le rendre provisoirement supportable, mais en aucun cas le faire disparaître   . Le thérapeute « récupérait « sous hypnose l’origine du trauma mais comment faire pour le restituer au patient.

Vous l’avez compris, et tous les thérapeutes qui utilisent l’hypnose sont conscients des limites de sa portée .Sur des terrains historiques générant des conduites comportementales dérangeantes ce que l’on peut s’autoriser à nommer névroses quelles soient actuelles ou historiques

Il a fallut trouver un cheminement faire en sorte que ces informations transmises au thérapeute par le patient lui soient enfin accessibles.

Le face à face lors de l’entretien et de l’acte thérapeutique a vite montré ses limites. Celui ci s’organisant dans une compréhension intellectuelle de la problématique du patient.



Il s’agit d’un travail de découverte, d’introspection qui n’est possible que si le Psychisme accepte  pour quelque temps  de lâcher prise, et de laisser le                      champ libre.


La position allongée facilite ce lâcher-prise. Elle permet un état de détente et de relaxation maximale, favorisant l’expression d’une parole libre, non soumise au jugement critique, à l’auto censure.

         Des fantasmes peuvent naitre dés que le terme de divan apparaît, j’en cite quelques uns, mais vous le verrez ceux ci n’ont pas d’objet autre que la peur qui les alimente :

-Pour certains hommes à leurs angoisses de castration - à la peur de perdre leur virilité. Car ils se  sentent en situation d’infériorité face au psy (homme ou femme) supposé tout puissant.


   -Pour certaines femmes, la position allongée est susceptible de faire remonter des fantasmes et des angoisses de viol, de pénétration, d’intrusion. Il s’agit là aussi de s’exposer, imaginairement, à une situation traumatique qui analysée fera progresser le travail.

Notons que le patient s’allonge, tandis que le psy est assis derrière lui : L’analysant  ainsi seul avec lui-même.

Cette solitude le met à l’abri du jugement qu’il pourrait avoir l’impression de déchiffrer dans les yeux du psy. L’absence de regard sur nous, libère. Nous ne sommes ni au tribunal , ni en confession

  Cette position de détente permet l’abaissement du seuil de vigilance. L’autre qui est là et qui contrôle tout. Le conscient…Notre pire ennemi, notre meilleur ami !

Mais in fine que cherchons nous, et pourquoi le divan ?


            L’abréaction, cette espèce de magie opérative !

 Laplanche et Pontaliss  : la définissent ainsi :

Abréaction : décharge émotionnelle par laquelle une sujet se libère de l’affect associé au souvenir traumatique lui permettant ainsi de ne pas devenir ou rester pathogène.

La Psychanalyse retourne effectivement dans l’histoire. Pour nous quelque soit l’identité génétique, par exemple nous ne naissons pas timide, même si de nombreuses personnalités peuvent être introverties. La timidité s’organise jusqu’à pouvoir devenir une pathologie parfois handicapante.

La recherche de l’abréaction ne peut se faire que sur le divan. Le timide, le fameux Jean que j’ai pu citer sait très bien que c’est à cause de son père très autoritaire.

                 Mais Savoir l’origine du trauma, ne le fait pas disparaître !


Savoir, connaître les liens de causalité est une première étape, mais pratiquement tous les analysants ont déjà fait la démanche. Savoir ne sert à rien sinon il y a longtemps que le symptôme aurait disparu. Cela montre que le champ d’investigation est ailleurs.

Ailleurs sous sous l’autre pôle, celui de l’inconscient. Cette histoire que je connais si bien et que je vais revisiter.

Le psychisme est organisé sous deux axes le Conscient et l’Inconscient, cf. les topiques Freudiennes. C’est un système homéostatique qui cherche à s’équilibrer en permanence. Il y a parfois trop de charges conscientes et peuvent s’organiser des tendances paranoïdes, soit il y a trop d’inconscient et là peuvent s’organiser des conduites schizoïdes ou hystériques. L’ensemble étant régulé grâce au refoulement. Mais je reviendrai sur cela dans un autre article.

Tout le monde peut et doit accéder au divan, et le plus rapidement possible. Trop de cures « s’enlisent » dans un interminable entretien en face à face anamnésique.

Ceci a pour effet de maintenir l’analysant dans le champ conscient, renforçant les névroses et les mécanismes de défense associés. Rendant ainsi le travail de divan plus complexe.


                Qui ne peut accéder au divan ?


-Les personnalités « rustres » non terminées. Par exemple un adulte de trente ans qui raisonne avec le psychisme d’un enfant.

-Les personnalités qui potentiellement peuvent décompenser en dissociant. Cela est extrêmement rare ce peuvent être des border line ou bipolaire.


Le Psychanalyste, « formé » saura au mieux animer l’ensemble des situations.


Conscient des questions que va porter cet article, je vais publier d’autres réflexions sur ces sujets, merci de vos commentaires .



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